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Professeur d’hématologie, Brunangelo Falini consacre ses travaux à la caractérisation génétique des leucémies et aux mécanismes de leucémogenèse sous-jacents. Il est à la tête de l’Institut d’hématologie et de transplantation de moelle osseuse à l’Université de Pérouse en Italie depuis 2010.


Brunangelo Falini multiplie les casquettes, dans son cas les blouses blanches, en étant simultanément hématologiste, pathologiste ou encore chercheur clinicien. Il est l’hémato-oncologiste italien le plus cité au monde avec plus de 300 publications et accumule les distinctions comme le Prix Josè Carreras en 2010 considéré comme la récompense la plus prestigieuse en hématologie en Europe, le prix Karl Lennert de l’Association européenne d’hématopathologie en 2012 ou encore le prix Guido Venosta décerné par la Fondation italienne pour la recherche sur le cancer en 2014.

DE PÉROUSE À OXFORD, LES LYMPHOMES EN LIGNE DE MIRE

Descendant d’une longue lignée de pharmaciens, Brunangelo Falini suit la destinée familiale et sa curiosité naturelle en s’engageant dans  des études de médecine à l’Université de Pérouse. En 1980, il obtient une bourse de l’OTAN pour aller travailler aux côtés de Robert Lukes, pionnier de la classification immunologique des lymphomes, à l’Université de Californie du Sud à Los Angeles (États-Unis). Il rejoint en 1982 le laboratoire de David Mason au sein de l’hôpital John Radcliffe à Oxford (Royaume-Uni) où il commence à s’intéresser aux anticorps monoclonaux, des agents produits artificiellement en laboratoire et capables de reconnaitre des molécules du corps humain de manière extrêmement spécifique. Riche de cette expérience anglo-saxonne, il retourne en Italie pour créer son propre laboratoire de recherche à Pérouse. C’est là qu’il publie en 1992 dans la prestigieuse revue médicale The Lancet, des résultats remarquables sur le traitement des lymphomes hodgkiniens réfractaires aux thérapies existantes, grâce à un anticorps couplé à une toxine. Ses travaux ont abouti 20 ans plus tard à la mise sur le marché par une compagnie pharmaceutique américaine du brentuximab, qui obtient d’excellents résultats dans le traitement des lymphomes. Par ailleurs, les nombreux anticorps monoclonaux produits au sein du laboratoire italien du Professeur Falini ont contribué à la nouvelle classification des lymphomes établie par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 2008.

LE GÈNE QUI CHANGE LA DONNE

En 2005, Brunangelo Falini réalise l’une des plus importantes avancées de la dernière décennie sur les leucémies en identifiant le rôle majeur d’une altération du gène codant la nucléophosmine (NPM1). D’après ses travaux, cette mutation serait responsable d’au moins 30 % des cas de leucémies aigües myéloblastiques, la forme de leucémie la plus fréquente chez les adultes. Cette découverte majeure a radicalement changé le diagnostic de cette maladie et la stratégie thérapeutique à la disposition des médecins. La recherche de cette mutation génétique comme biomarqueur permet dorénavant d’identifier les patients qui bénéficieront d’une greffe de moelle osseuse.

À L’ASSAUT DES GLOBULES BLANCS CHEVELUS

Plus récemment, le Professeur Falini a apporté une importante contribution à la caractérisation moléculaire des leucémies à tricholeucocytes, une forme rare qui se distingue par la formation de lymphocytes anormaux présentant des prolongements ressemblant à des cheveux. Après plus de 50 ans de recherche internationale sur cette maladie, le groupe du Professeur Falini a révélé en 2011, grâce à une approche de séquençage complet du génome, l’origine biologique des leucémies à tricholeucocytes : une mutation d’une seule « lettre » de l’ADN sur le gène BRAF,déjà incriminé pour son rôle dans la formation d’un grand nombre de mélanomes cutanés et pour lequel une thérapie ciblée est déjà disponible (le vémurafenib, autorisé en France depuis 2012). Présente dans potentiellement toutes les leucémies à tricholeucocytes, cette mutation ouvre la voie à de nouvelles perspectives thérapeutiques. Le Professeur Falini a ainsi montré, grâce à un essai clinique de phase II, que le traitement par le vérumafenib induit une réponse clinique positive chez 90 % des patients, dont 30 % de rémissions complètes.

Les recherches de Brunangelo Falini dans les domaines des leucémies ont fortement contribué à notre compréhension des mécanismes d’oncogenèse. Ses travaux, considérés comme modèle de recherche translationnelle : du laboratoire au chevet des patients, ont eu un impact immédiat dans la pratique clinique pour le plus grand bénéfice des patients.