Menu

Au cours de son post-doctorat à l'Institut Européen de Chimie et Biologie de Pessac, Thomas Daubon s'est intéressé à la formation des podosomes dans les cellules endothéliales. Ces structures d'actine confèrent à ces cellules la capacité de franchir les barrières anatomiques et jouent de ce fait un rôle primordial dans l'angiogenèse

En 2009, Dr Thomas Daubon reçoit un financement ARC " Jeunes Chercheurs " de 36 mois pour un post-doctorat à l'Institut Européen de Chimie et Biologie (IECB) de Pessac, dans l’équipe INSERM U1053 "Signalisation cellulaire" du Dr Elisabeth Génot. Ses recherches portent sur des structures encore peu caractérisées, les podosomes, qui confèrent aux cellules endothéliales des vaisseaux sanguins la capacité de dégrader la matrice extracellulaire pour pénétrer le stroma.
"Après un master de cancérologie à Toulouse, je me suis spécialisé sur la dynamique du cytosquelette d'actine. En cancérologie, les processus biologiques associés aux cellules tumorales sont exacerbés, notamment la mobilité cellulaire. Je me suis focalisé sur les propriétés de cellules leucémiques circulant dans le sang lors de mon travail de thèse." commente Thomas Daubon. 

Thomas a effectué sa thèse à l'Institut de Physiologie et Biologie Cellulaires-Université de Poitiers, sous la supervision du Dr Nicolas Bourmeyster, de 2005 à 2008 : "J'étudiais une protéine chimérique, Bcr-Abl, produit du gène de fusion Bcr-Abl, résultat d’une translocation réciproque entre les chromosomes 9 et 22 et responsable de leucémies d’un type particulier. Les différents transcrits de bcr-abl codent pour différentes versions de protéines chimères, activatrices de petites protéines G de la famille Rho et impliquées dans le réarrangement du cytosquelette d'actine. J'ai relié ces différentes chimères et les protéines G qu’ils régulent à deux types de mobilité distinctes [7,8]. Une de ces chimères identifiée dans les leucémies les plus agressives, confère aux cellules qui l’expriment une forte capacité d’invasion notamment au niveau des organes lymphoïdes secondaires. Cette chimère induit la formation de structures d’actine. J’ai débuté mon post-doctorat par la caractérisation de ces structures et montré leurs similitudes avec des invadopodes, l’équivalent pour les cellules transformées des podosomes des cellules normales " [1]  

 

Deux revues nous éclairent sur les podosomes et les invadopodes [2,3] : maintenant regroupés sous le terme d'invadosomes. Parmi les nombreuses structures d'adhérence membranaire, il s’agit d’une classe de structures particulières qui permettent la communication entre le cytosquelette et la matrice extracellulaire. Les invadosomes sont des microdomaines d'adhérence dynamiques, à base d’actine polymérisée, formés au niveau de la membrane plasmique ventrale des cellules. Les podosomes sont formés, entre autres, par des cellules vasculaires telles que les cellules endothéliales Les invadopodes quant à eux, sont des podosomes élaborés par les cellules tumorales, support de leur potentiel invasif. Grâce à leur contenu en métalloprotéases, les invadosomes dégradent la matrice extracellulaire, attribuant aux cellules formant ces structures la capacité de franchir les barrières anatomiques. Les podosomes ont également d’autres fonctions (adhésion, senseurs du microenvironnement…).

 

L’enjeu de l‘étude des invadosomes réside dans l’association de leur fonction d’invasion cellulaire avec un processus physiopathologique. Il conduit la communauté scientifique à chercher à mieux identifier les fonctions des invadosomes et à caractériser les facteurs induisant leur formation, in vitro comme in vivo. L’un des facteurs impliqué dans l’induction des podosomes est le TGFβ (transforming growth factor β). Thomas a montré que, dans les cellules endothéliales aortiques, le facteur Fgd1 joue un rôle crucial dans cette induction [4,5] : "Fgd1 est spécifique de l'activation de Cdc42, une petite protéine G de la famille Rho impliquée dans la formation des podosomes. Nous essayons, par la biochimie et l’imagerie, de mieux caractériser ce rôle ".

 

L’invasion est également une propriété fondamentale des cellules endothéliales microvasculaires engagées dans l’angiogénèse tumorale. En parallèle, Thomas étudie les conditions de formation de ces structures in vitro en réponse au VEGF produit par la tumeur, les propriétés cellulaires acquises lors de la formation de ces structures et les voies de signalisation qui sont impliquées dans leur formation [6]. Ces études impliquent de caractériser la formation des podosomes dans l’espace à trois dimensions: l’environnement cellulaire physiologique. Après son post-doctorat, Thomas Daubon souhaiterait par ailleurs ’"intégrer un laboratoire spécialisé dans l'imagerie de pointe. J'aimerais continuer sur le microenvironnement tumoral, en particulier l'étude du cytosquelette d'actine des cellules des vaisseaux sanguins, intégrée dans une approche in vivo."

Thomas conclut en commentant sur l’impact de son financement post-doctoral, "une bourse prestigieuse, compétitive et d’une durée suffisante pour atteindre les objectifs fixés. La Fondation ARC a montré de l’intérêt pour mes problématiques de thèse, ce qui m’a permis de continuer mes recherches et d’effectuer mon post-doctorat en France".

[1] T. Daubon et al, Eur J Cell Biol, 2012

[2] Elisabeth Génot, Médecine/sciences 2009

[3] F Saltel et al, Eur J Cell Biol, 2011

[4] T. Daubon et la, Mol Cell Biol, 2011

[5] Review: E. Genot et al, J Cell Sci, 2012

[6] P. Rottiers et la, J Cell Sci, 2009 

[7] T. Daubon et al, Oncogene, 2008

[8] T. Rochelle et al, FASEB J, 2013

A.G.