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Richard Tomasini a été lauréat en 2008 du Prix Hélène Starck pour ses travaux sur le rôle de p73 (un suppresseur de tumeur de la famille des facteurs de transcription p53) dans l’inflammation et la tumorigénèse pancréatique. Il est alors en post-doctorat sous la direction de Juan Iovanna dans l’Unité INSERM U624 "Stress Cellulaire" au CRCM (Centre de Recherche en cancérologie de Marseille). Depuis, il y a obtenu en 2009 un poste de chargé de recherche à l'INSERM et a créé en 2011 le groupe « Microenvironnement et Tumorigénèse Pancréatique ».

Richard revient sur son parcours : « Ma thèse a permis la découverte d’un gène important pour l’inflammation pancréatique et le cancer du pancréas, Tp53INP1 [1,2]. Nous avons relié ce gène à la famille de p53, en montrant sa connexion à p53 et TAp73 [3]. Puis pendant mon post-doctorat dans le laboratoire du Dr Tak Mak* (2004-2007), j’ai développé différents modèles de souris et montré que p73 relie l’inflammation et la tumorigénèse [4,5,6]. De retour,  j’ai initié mon projet actuel, qui connecte inflammation, microenvironnement et cancer du pancréas. »

Ce projet permet à Richard d’obtenir le Prix Hélène Starck : «Ce Prix est l’équivalent d’une grosse publication et a eu un fort impact pour le développement de mon projet. Les Journées Jeunes Chercheurs représentent un évènement particulier, nous sommes en contact avec les donateurs dont certains sont d’anciens patients. C’est essentiel, ça nous rappelle à la réalité clinique et à l’intérêt de nos recherches.»

Le jeune chercheur s’oriente en particulier vers le microenvironnement pancréatique : « La plupart des traitements vise à cibler les cellules tumorales uniquement. Mais le cancer du pancréas est constitué en majorité de cellules du microenvironnement (fibroblastes, cellules immunitaires, nerveuses …). Et contrairement aux tumeurs solides fortement vascularisées, il contient peu de vaisseaux sanguins, ce qui limite l’accès des molécules thérapeutiques aux cellules tumorales. »

Richard met ainsi en évidence l’importance du remodelage neural : « En 2009 nous avons entamé un criblage avec microdissection sur lames de cancers pancréatiques de plusieurs patients, séparé les cellules tumorales et non tumorales et analysé en transcriptomique (ARN) et en spectrométrie de masse (protéines) chacun des compartiments. Nous avons été interpellés par le nombre de gènes et protéines reliés au système nerveux. Hors une caractéristique du cancer du pancréas est le remodelage neural, à savoir une infiltration de la tumeur par les nerfs qui ont perdu leur physiologie normale mais transmettent la douleur, ce qui explique aussi que le cancer pancréatique soit extrêmement douloureux. »

Dans le cancer pancréatique, le processus métastatique ne s’effectue pas majoritairement par échappement par les voies sanguines. Le jeune chercheur explique : « 10-15% des patients atteints de cancer du pancréas sont éligibles à une resection tumorale pancréatique et la majorité font une récurrence primaire à 100% au même endroit, dont la cause première est l’invasion périneurale : les cellules tumorales infiltrent les fibres nerveuses pour métastaser ». Pour ses travaux sur l’implication du microenvironnement dans le remodelage neural, son équipe a obtenu en 2011 un financement Projet ARC et une EARCE**: « Nous avons caractérisé par transcriptomique des molécules responsables de l’infiltration nerveuse de la tumeur. Ce processus est notre cible thérapeutique et certaines de nos molécules candidates sont en cours de dépôt de brevet. » [Figure 1 avec le nom d'emprunt N81].

Figure 1: Remodelage neural dans le cancer pancréatique ©R Tomasini

Richard aimerait, dans les années à venir, «développer une équipe de recherche indépendante pour continuer à travailler sur le micro-environnement intra-tumoral dans le cross-talk métabolique [7] et l’invasion périneurale dans le cancer pancréatique». Il souhaite aussi mettre en place une structure pluridisciplinaire sur le cancer du pancréas pour regrouper des compétences et de nouveaux axes de recherche.

A.G

* Dr Tak Mak, directeur du laboratoire d’immunologie et cancérogénèse, Campbell Family Institute of Breast Cancer Research, Toronto, Canada
     

**prestigieuse subvention d’une durée de 5 ans de l’Agence Exécutive du Conseil de Recherche Européen

[1] R. Tomasini et al, J Biol Chem, 2003

[2] M. Gironella et al, PNAS 2007 

[3] R. Tomasini et al, Oncogene, 2005

[4] R. Tomasini et al, Genes Dev, 2008

[5] R. Tomasini et al, PNAS, 2009

[6] R. Tomasini et al, Cell Death Differ, 2012

[7] S.Vasseur et al, Cancers 2010 [review]

3 revues pour en savoir plus :

Sur la famille p53 : AJ. Levine et al, Nat Rev Mol Cell Biol, 2011        

Sur p73 et le développement neuronal :  R. Killick et al, Mol Neurobiol, 2011        

Sur p73 et cancer : A. Rufini et al, Genes Cancer 2011