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Le cancer de la prostate représente, chez l’homme, la deuxième cause de mortalité par cancer. Le diagnostic est effectué entre autres à l’aide d’un test sanguin visant à déterminer la concentration de PSA (Prostate Specific Antigen) ; mais d’autres marqueurs moléculaires sont étudiés à des fins pronostiques. C’est le cas par exemple de la β-tubuline de classe III.

La β-tubuline est l’une des deux sous-unités de la tubuline qui se polymérise pour former les microtubules, constituants essentiels du cytosquelette, impliqués entre autres dans la division cellulaire. La β-tubuline se présente elle-même sous forme de différents isoformes (dont celui de classe III), arborant entre autres des variations de séquence d’acides aminés et une expression tissulaire différentielle. Il a été démontré, dans certains types de cancers, que le niveau d’expression de la β-tubuline de classe III est corrélé à la progression tumorale et directement impliqué dans la résistance des patients aux chimiothérapies à base d’agents anti-tubulines comme les taxanes (dont le taxotère).

En 2009, ses travaux sur ce biomarqueur ont valu à Guillaume Ploussard de recevoir le Prix Alexandre Joël pour son master 2 : « Je suivais la β tubuline de classe III qui a dans le cancer du sein et de l’ovaire un lien avec la chimio sensibilité, mais n’avait pas été étudiée dans le cancer de la prostate. Nous avons utilisé le traitement de référence, le taxotère, et obtenu des résultats positifs, à savoir une valeur pronostique de l’expression de la molécule au diagnostic [1]. Et surtout, les patients qui présentaient une expression augmentée de la protéine répondaient moins bien au traitement par chimiothérapie» [2]. Ces recherches sont cruciales puisqu’elles permettent d’utiliser la β-tubuline de classe III comme marqueur prédictif d’évolution tumorale et de résistance aux traitements.

Pour Guillaume Ploussard, « l’obtention du Prix est importante. La Fondation ARC est reconnue, le Prix nous permet de mieux valoriser nos travaux. Cette reconnaissance s’est concrétisée par exemple avec mon intégration dans deux sociétés savantes*». En 2009, Guillaume entame un doctorat en Sciences, toujours au sein de l’équipe « Recherche translationnelle en oncogenèse génito-urinaire » d’Alexandre de la Taille (INSERM U955 de l’UPEC-Institut Mondor de Recherche Biomédicale). En parallèle, il poursuit à l’hôpital Mondor son doctorat en médecine (validé en 2010) et une spécialité en urologie (obtenue en 2011).

Depuis 2009, ses recherches portent sur deux axes : «nous avons monté un protocole prospectif sur les hôpitaux Mondor et Saint Louis pour comparer l’expression tissulaire de la protéine, provenant des biopsies, à l’expression de la protéine dans les urines de patients en chimiothérapie, et la corrélation de cette expression à la réponse au traitement. L’autre axe, fondamental, consiste à rechercher un lien entre l’expression de cette protéine et le phénomène de différenciation neuro-endocrine qu’on observe dans les cancers de la prostate quand le cancer échappe à la castration». La castration chimique, ou hormonothérapie, est la voie thérapeutique classique utilisée dans le cancer de la prostate. Elle consiste à bloquer les récepteurs aux androgènes, ce qui inhibe le système androgénique et réduit l’expression de facteurs de croissance impliqués dans le développement tumoral. Elle est efficace tant que le cancer est hormono-dépendant, mais la tumeur tend naturellement vers une résistance à cette castration. 

Les travaux de Guillaume Ploussard sont déjà validés par un grand nombre de publications et de prix scientifiques**. En 2012, il a obtenu un financement post-doctoral de la Fondation ARC pour approfondir ses recherches à l’Université Mc Gill de Montréal : «Nous souhaitons valider nos résultats sur une cohorte externe. De plus nous pourrons confirmer nos résultats sur un modèle canin. Le Prix Jeunes Chercheurs a été important pour l’obtention de cette bourse de mobilité, il y a un retour sur investissements ». A son retour, il souhaite continuer un cursus universitaire, et mener une activité parallèle de recherche sur sa thématique actuelle.

A.G.

[1] S Terry et al, Br J Cancer, 2009

[2] G Ploussard et al, Cancer Res, 2010 

*Membre du comité de Cancérologie de l’Association Française d’Urologie : sous-comité Prostate Membre de la Young Academic Urologists- Prostate Cancer (EAU, Association Européenne d’Urologie)  

** Prix scientifiques :

  • Prix « Fondation ARC Jeunes Chercheurs 2009-Alexandre Joël-Master 2 »
  • Prix Spécial du Jury « Chirurgiens de l’Avenir 2009-Fondation de l’Avenir » :Master 2 de sciences chirurgicales
  • Prix article dans European Urology, catégorie internes : Resident’s Corner Award 2010
  • Prix production scientifique dans British Journal of Urology, catégorie internes : John Blandy Award 2011